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POLLUTION URBAINE

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Depuis les années 50, les rejets dans les rivières se sont multipliés : Voici un échantillon des principales pollutions de l'eau entrainant la dégradation des milieux aquatiques.

 

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Edito 7

 

Accident au barrage de la Bourboule

13 février 2015

 

ANPER S’ ENGAGE

 

 

Le barrage de la Bourboule (D’après le rapport établi par EPIDOR - Etablissement public territorial de bassin Dordogne- le 24 février 2015) est situé sur la rivière Dordogne, dans le Puy de Dôme. Il a été construit en 1896 et mis en service en 1902. lI a appartenu à EDF jusqu'en 2008, date à laquelle il devient la propriété de la société SOPRELEC avec effet au 31 janvier 2011. C'est un ouvrage soumis au régime d'autorisation dont le renouvellement est prévu en 2034.

 

La hauteur de l'ouvrage est de 19,5 m et la longueur de crête est de 60 m. Ces caractéristiques en font l'un des 20 plus gros ouvrages du bassin de la Dordogne. Le volume de la retenue est de 380 000 m3.

 

Malgré cette hauteur de chute importante, le barrage de la Bourboule ne représente qu'une très faible partie de la puissance installée sur le bassin de la Dordogne. En effet, la puissance actuelle de l'ouvrage est comprise entre 400 et 450 kW. La puissance initiale était de 627 kW mais elle a diminué suite à l'abaissement de la cote d'exploitation en 2007 pour sa mise en conformité vis-à-vis de l'évacuation des crues. Comparée aux 1700 GW installés sur le bassin, la puissance de l'ouvrage de la Bourboule représente moins de 0,05% de la puissance totale du territoire.

 

Le barrage de la Bourboule est censé fonctionner au fil de l'eau en dehors des périodes d'étiage (débit entrant supérieur à 1,6 m3/s).

 

Le fonctionnement par éclusées est prévu par l'arrêté d'autorisation de 2007 lorsque le débit entrant est inférieur à 1,6 m3/s. Il convient de préciser que le débit réservé en aval du barrage est de 0,55 m3/s : le débit devrait donc varier entre la valeur du débit réservé (0,55 m3/s) et le débit turbiné (1,6 m3/s) additionné au débit réservé, soit 2,15 m3/s. 3 à 4 éclusées devraient être observées au cours d'une journée. Cependant, le matériel en place ne permettant pas une régulation fine du fonctionnement de l'usine, des éclusées allant jusqu'à 4 m3/s sont observées jusqu'en 2014. Cela implique un marnage plus rapide de la retenue, et un nombre des éclusées plus important (jusqu'à 7 éclusées par jour).

 

 

L'accident du 13 février 2015 et ses conséquences

 

Rappel des faits

 

Semaine précédant l'accident :

 

Du 9 au 13 février 2015, notamment jeudi 12, une entreprise électro-mécanique est présente sur le site, à priori pour réaliser des travaux sur l'automate en lien avec les consignes de fonctionnement au fil de l'eau comme indiqué lors de la réunion du comité de suivi du 23 janvier 2015.

 

Vendredi 13 février 2015

 

Aux alentours de 14 heures (selon les données de la station débit-métrique de Saint Sauves), la vanne de fond du barrage de la Bourboule se serait ouverte, entrainant une élévation importante du débit de la Dordogne en aval et libérant par à-coups une très grande quantité de sédiments stockés depuis plusieurs décennies dans la retenue. Aux alentours de 15 heures, un pêcheur constate qu'un violent écoulement d'eau très trouble se produit en pied de barrage. Il prévient le propriétaire de l'ouvrage et I'AAPPMA de la Bourboule qui a fait les premiers constats photographiques. Les services de l'Etat auraient été prévenus vendredi en fin d'après-midi par le propriétaire. Sur le laps de temps d'ouverture de la vanne, la retenue s'est vidée entièrement.

 

La vanne a été refermée par l'exploitant du barrage (société SOPRELEC) en fin d'après-midi, ce qui aurait entrainé une mise à sec de la Dordogne, le temps que la retenue se remplisse (environ 2-3 heures apparemment selon les sources locales).

 

Samedi 14 février 2015

 

Une plainte a été déposée à la gendarmerie par les AAPPMA de la Bourboule, de la Tour d'Auvergne, de Tauves et de Messeix. Un scaphandrier a été missionné par l'exploitant du barrage et aurait constaté que la vanne était bien fermée et étanche.

 

Lundi 16 février 2015

 

La gendarmerie a auditionné les différents témoins de l'événement. La brigade départementale de I'ONEMA se rend sur site pour faire des constats.

 

Mardi 17 février 2015

 

EPIDOR réalise une visite de terrain pour faire des constats, recueillir des témoignages, et effectuer un prélèvement de sédiments.

 

Sédiment et envasement

 

L'ouverture de la vanne a provoqué le départ d'une très grande quantité de sédiments. Ces sédiments se sont ensuite répandus sur plusieurs centimètres d'épaisseur sur 20 à 30 km et ont impacté l'ensemble des gorges d'Avèze (au pont de Chalameyroux, les galets sont toujours totalement colmatés 4 jours après l'incident). Le volume de sédiments échappés peut être estimé à 30 000 à 50 000 m3 (soit au moins 15 % à 25% de l'estimation du volume des sédiments stockés dans la retenue en 2007). Si ce volume s'était déposé uniformément sur ce tronçon de cours d'eau, l'épaisseur moyenne serait d'environ 11 cm.

 

A l'aval immédiat du barrage de la Bourboule, l'épaisseur restante de sédiment peut être estimée à vingt ou trente centimètres.

 

Aspects biologiques

 

Des constats de mortalités ont été faits par les pêcheurs. Cependant, au vu des variations très rapides de débit au moment de l'accident et de la quantité de sédiments charriés, soit les poissons ont été emportés plus à l'aval, vraisemblablement jusque dans la retenue de Bort les Orgues, soit ils sont enterrés sous la vase. La population piscicole est donc vraisemblablement presque totalement anéantie.

 

Impacts sur les usages.

 

Les impacts sur les usages devront être complétés par une analyse de plus long terme. Les premiers impacts concernent l'activité pêche. Le secteur de rivière Dordogne de Saint Sauves à Singles est un secteur très fréquenté pour la pêche et reconnu nationalement au niveau des gorges d'Avèze. Un parcours « No kili » de 5 km à l'aval du Pont de Chalameyroux était particulièrement prisé. De nombreux moniteurs guide de pêche utilisaient ce territoire pour exercer leur activité professionnelle. Des témoignages sur le terrain indiquent que des annulations de séjours auraient été enregistrées. L'attractivité de ce territoire risque d'être durablement impactée par rapport à la pêche car les habitats piscicoles ont été colmatés en totalité sur une grande partie du linéaire entre La Bourboule et la retenue de Bort Les Orgues.

 

Synthèse et perspectives

 

La problématique de gestion sédimentaire, au niveau du barrage de La Bourboule, est connue depuis de nombreuses années. Les réflexions menées dans le cadre des différentes démarches de gestion des milieux aquatiques n'ont malheureusement pas permis d'aboutir à la mise en œuvre de solutions satisfaisantes pour le moment. La gestion des sédiments avec l'ouvrage, tel qu'il existe actuellement, s'avère très délicate. Si au moins 30 000 à 50 000 m3 de sédiments sont partis lors de cet évènement, il resterait plus de 150 000 m3 de sédiments dans la retenue pour lesquels une solution de gestion devra être trouvée. Cet incident est une catastrophe écologique pour la rivière Dordogne et aurait pu avoir des conséquences dramatiques en terme de sécurité des personnes. Le bureau de la CLE (Commission locale de l'eau) du SAGE Dordogne amont, réuni le 19 février, s'est montré particulièrement sensible aux conséquences de cet accident et a souhaité réagir dans un premier temps par l'envoi d'un courrier au Préfet du Puy-de-Dôme rappelant l'historique des réflexions relatives à cet ouvrage et la possibilité évoquée, il y a plus de dix ans, de démantèlement du barrage du fait des nombreux impacts liés à la présence du barrage de La Bourboule et son exploitation (sécurité, risque inondation, éclusées, gestion sédimentaire, continuité piscicole et sédimentaire).

 

Dès la survenance de cet accident de nombreuses associations se sont mobilisées (ANPER, FDAAPPMA, AAPPMA, FRANE, Elus locaux, SAGE, EPIDOR etc...) Elles ont pour la plupart porté plainte avec constitution de partie civile. Depuis ce jour, aucune nouvelle de la justice ! Deux « marches » de protestation ont été organisées auxquelles ont pris par les associations et un certain nombre d’élus. De nombreuses questions ou manifestations d’indignations ont été enregistrées.

 

Finalement, le préfet du Puy de Dôme a organisé une réunion en préfecture le 08 mars 2016. L’administration (Police de l’eau) a présenté un diaporama complet sur l’accident et ses conséquences. Indépendamment des procédures judiciaires en cours, ANPER, a pris l’initiative de fédérer tous les acteurs et victimes pour exiger qu’une procédure d’étude et de concertation puisse aboutir à l’effacement complet de ce barrage inutile et dangereux tant du point de vue de la sécurité publique que du point de vue environnemental. A ma demande le préfet doit me communiquer, tous les documents administratifs relatifs à l’action de l’Etat, en particulier le rapport de l’inspection des installations classées du 12/03/2015, et le rapport préfectoral du 29/04/2015. Un projet d’arrêté nouveau semble s’orienter vers des mesures alternatives (curages) qui ne sont pas satisfaisantes. Selon l’agence de bassin « Loire Bretagne », les eaux de la Dordogne sont en « mauvais état ».

 

Un autre projet doit être envisagé : l’effacement total de cet équipement. Au titre de l’article L.417 (Continuité écologique) les aides publiques peuvent atteindre 100% du coût de l’opération.

 

 

Le Président

Philippe Boucheix